lun

06

jui

2009

Booky: Chagrin d'école

Chagrin d'école Daniel Pennac

Un livre sur l'école, pourquoi pas ? Mais sans plus. Jusqu'à ce qu'une de mes amis fasse sienne une citation du livre complètement exquise. S'ensuit tout un plaidoyer pour le dit bouquin qui, selon elle, était vraiment très bon. J'étais en recherche d'un roman. L'offre a rencontré la demande, je me le suis procuré. Et je n'ai pas regretté. Je suis très vite « entré » dans le livre.


Daniel Pennac y raconte son enfance, sa scolarité marquée d'échecs successifs et continus. C'est touchant, plein de bons sentiments, mais le propos fait mouche surtout dans l'époque actuelle où l'échec est banni. Prôné par les plus hautes instances du pays, la méritocratie interdit toute forme de déconvenues dues uniquement à la volonté individuelle. Alors que pour l'auteur, cette barrière à la réussite, ce fossé qui le sépare des « bons » élèves est tout simplement infranchissable. La perversité du système veut que par la suite, sa propre incapacité devienne son trait de caractère immuable, une caractéristique qui le définisse.

 

« La plupart se font de l'avenir une représentation qui est une projection du présent sur la toile obsédante du futur. Le futur comme un mur où seraient projetées les images démesurément agrandies d'un présent sans espoir, la voilà la grande peur des mères. »

 

Un livre sur l'avenir, dans lequel l'auteur passe rapidement sur les « mauvais » élèves qu'il a rencontré en étant enseignant plutôt que de s'attarder sur son expérience d'enfant. Il est là, il nous raconte, il nous parle directement de sa façon de ne pas les laisser tomber. Il explique les rouages de l'éducation nationale, les désillusions, les difficultés en tant que professeur, il admet que ces propos peuvent sembler naïfs mais pense que c'est une réelle piste.

 

Il raconte son ascension, si on peut qualifier ainsi son parcours de « raté » à enseignant et écrivain reconnu. Tout cela avec beaucoup d'humour, de recul, et de tendresse. Preuve en est cette réflexion que nous avons aussi pu avoir durant notre scolarité mais que nous ne pouvons jamais vraiment dire, il s'agit de la citation que mon amie avait mise en statut Facebook :

 

« Monsieur, j'ai consacré hier 2h à ne pas faire votre devoir. Non, non j en ‘ai pas fait autre chose, je me suis assis à ma table de travail, j'ai sorti mon cahier de texte, j'ai lu l'énoncé et pendant 2h, je me suis retrouvé dans un état de sidération mathématique, une paralysie mentale dont je ne suis sorti qu'en entendant ma mère m'appeler pour passer à table. »

 

Aujourd'hui, d'autant plus dans le poste qu'il exerce, Daniel Pennac prend la mesure de l'importance de l'école avec laquelle il a tant souffert dans son enfance. Il en devient le chantre, le défenseur et fait de l'école le lieu de l'apprentissage de l'avenir, du devenir par excellence :

 

« Le droit de l'enfant, c'est d'être un homme, écrivait Hugo dans Choses Vues ; ce qui fait l'homme c'est la lumière ; ce qui fait la lumière c'est l'instruction. Donc le droit de l'enfant c'est l'instruction gratuite, obligatoire. »

 

En tant que « bon » élève, cette description bienveillante des « mauvais » élèves m'a en quelque sorte désarmé, ne m'autorisant plus à aucune (com)plainte au sujet de ma scolarité. Selon lui, « C'est leur vitesse d'incarnation qui distingue les bons élèves des élèves à problèmes. ». Certes, il parait évident que la position du bon élève est plus facile à porter que celle du mauvais. Pourtant, il ne faut pas croire que la scolarité du premier de la classe est un long fleuve tranquille. L'auteur en fait rapidement référence et cela me rassure. En tout état de cause, le livre est une autobiographie, elle est marquée par l'humour, le regard d'un homme sur sa vie qui se souvient de ce qui l'a construit avec un œil bienveillant.

 

f.loo au tableau

 

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